Héloïse Lartigue, construire un domaine dans le temps long
Vins de garde, exigence bourguignonne, choix assumés, travail long et patient : au Domaine Leyre-Loup, Héloïse Lartigue et la famille Lanson construisent un Beaujolais façonné plus qu’hérité, où chaque décision s’inscrit dans le temps long. Une histoire d’apprentissage, de transmission et de construction.
« Pour nous, le fil conducteur, c’est le plaisir. Le nôtre, et celui des gens qui boivent nos vins. »
Le Domaine Leyre-Loup n’est pas né d’un héritage mais d’un apprentissage.
En 1993, Jacques Lanson et son fils Christophe reprennent ensemble un domaine en métayage.
Vingt années d’un travail patient : restructurer, observer, planter, comprendre.
Vingt années comme une école grandeur nature, où père et fils apprennent ensemble à regarder les sols, à explorer le vivant, à laisser le temps faire son œuvre.
S’ils se lancent, ce n’est pas par tradition familiale. C’est par amour du vin.
Par envie de construire quelque chose à eux, d’élever des cuvées qu’ils aiment boire, de défendre une vision patiente et sincère de leur métier.
Pendant vingt ans, ils travaillent une terre qui n’est pas encore tout à fait la leur, mais qu’ils façonnent déjà comme telle.
En 2008, ils font de gros investissements (refonte intégrale du cuvage, achat d’une table de tri …)
En 2009, ils agrandissent le Domaine en achetant des vignes à Fleurie
Ils accèdent à la pleine propriété en 2013.
Un nom né d’une contrainte… et d’une histoire familiale
Avec la pleine propriété vient aussi la nécessité de baptiser le domaine.Ils envisagent un temps Lanson, le nom de la famille.
Mais l’existence de la maison de Champagne éponyme rend l’option impossible.
Ils se tournent alors vers le nom de jeune fille de la mère de Christophe, Denise Leyre-Loup
Et Héloïse précise :
« Leyre, c’est un mot patois qui fait référence à la Loire, la rivière. Il y a 3 Leyre en France.
Et donc on peut dire la Rivière aux Loups. Voilà donc le nom Leyre-Loup. »
Un nom né d’une contrainte, devenu identité.
C’est dans ce contexte qu’Héloïse Lartigue rejoint l’aventure, il y a une quinzaine d’années.
Elle n’arrive pas dans un domaine figé, mais dans un projet en mouvement, avec des fondations solides et encore beaucoup à écrire.
Avant Leyre-Loup, Héloïse tenait un restaurant.
Cette expérience change immédiatement la dynamique du domaine. Elle connaît les attentes des chefs, comprend ce que représente une carte des vins, sait défendre une cuvée à table, perçoit l’importance d’une histoire derrière une étiquette.
Elle apporte une aisance naturelle pour créer du lien, raconter les vins et structurer la commercialisation. Son arrivée complète le duo initial.
Elle ajoute une ouverture, un regard extérieur, et une capacité à incarner le domaine bien au-delà des vignes.
Un domaine construit à trois voix
Au quotidien, les rôles s’articulent avec évidence.
Christophe est à la vigne, pilote la conduite du vignoble, prend les décisions techniques et assure la cohérence des vinifications.
Héloïse porte la commercialisation en France et à l’export, rencontre restaurateurs et cavistes, défend les cuvées et ouvre les marchés.
Et certaines étapes clés se font ensemble.
Héloïse le dit simplement :
« Mon mari est à la vigne. Moi je suis sur tout l’aspect commercialisation France et export.
Les vendanges, évidemment, c’est ensemble. Et la vinification, c’est ensemble aussi, parce que comme je vends les vins, j’ai besoin qu’ils me correspondent »
La technique nourrit le commercial, et le commercial nourrit la technique.
Chaque regard complète l’autre.
À leurs côtés, Jacques et Denise restent présents.
Jacques accompagne, aide, soutient, et assure notamment le suivi rigoureux des certifications, dont l’exigeante Terra Vitis remise en jeu à chaque millésime. Une présence essentielle à l’équilibre du domaine.
Denise, elle, veille à la bonne tenue des comptes dans l’ombre.
« Chez nous, un vin n’est pas vieux : c’est juste un vin qui a eu le temps. »
Ces dernières années ont été celles d’une restructuration profonde : replanter des parcelles à 2 mètres pour mécaniser le travail, construire un bâtiment de stockage pour faire vieillir le vin dans des conditions idéales, revoir les densités, installer des filets anti-grêle, adapter le matériel.
Un travail patient, souvent invisible, mais déterminant pour les décennies à venir.
Héloïse résume parfaitement l’esprit :
« On ne modernise pas pour aller plus vite.
On modernise pour travailler mieux, et pour transmettre quelque chose de solide. »
Chaque décision s’inscrit dans cette logique : construire un domaine capable de durer.
Le temps est partout au Domaine de Leyre-Loup : dans les caves, dans les élevages, dans la patience accordée aux cuvées. Ici, on ne vend pas le vin parce que le marché le demande, mais quand il est prêt.
Les rouges gagnent en profondeur, les blancs en densité, et chaque millésime devient un chapitre de leur histoire.
« Le viognier, c’était un vrai pari au départ. Aujourd’hui, c’est devenu une évidence. »
Les décisions ne se prennent jamais à contretemps.
Elles émergent, mûrissent, s’imposent parfois d’elles-mêmes.
Le viognier est arrivé ainsi : non pas par rupture, mais par opportunité.
La première parcelle est plantée en 2015, à Morgon, sur une terre jusque-là en friche :
« Évidemment, on n’aurait jamais arraché du gamay pour planter autre chose », précise Héloïse.
Le premier millésime sort en 2018.
Les sols granitiques orientent naturellement le choix du cépage : planter du chardonnay n’aurait pas eu de sens ici. Le viognier, au contraire, s’adapte parfaitement. Le réchauffement climatique accompagne d’ailleurs cette remontée naturelle du cépage vers le nord.
Au départ, seulement 70 ares sont plantés.
Le succès est immédiat : le vin est en rupture chaque année. Le domaine replante alors un hectare supplémentaire. À terme, la surface atteint près de 1,70 hectare.
Un choix confirmé à la fois par le terroir et par le marché.
Dans la continuité de cette dynamique, le domaine évolue sans jamais se disperser.
De nouvelles plantations sont prévues : Chiroubles et Moulin-à-Vent viendront bientôt enrichir le parcellaire.
Une manière d’élargir le champ d’expression du domaine, tout en restant fidèle à cette construction progressive, guidée par le temps plus que par l’urgence.
Au Domaine Leyre-Loup, l’histoire s’écrit autant dans ce qui est fait que dans ce qui se prépare.
De nouvelles plantations arrivent. De nouveaux marchés s’ouvrent, avec l’Asie comme horizon encore largement à explorer.
Rien ne se fait précipitamment au Domaine de Leyre-Loup. Mais tout avance, saison après saison, projet après projet, porté par un trio qui partage le même plaisir de faire du vin, et de le faire bien.
Un domaine façonné ensemble, qui se construit autant dans la terre que dans le temps.